Dans quelle société voulons-nous vivre ?
Par Jean Guicheteau
Vers quelle société allons-nous ? Celle qui favorise la liberté, la responsabilité individuelle, la famille, la propriété privée, ou celle d'un contrôle toujours plus étendu et intrusif de l’État sur notre façon de vivre, au nom d'un prétendu "bien commun" ? C'est sur ce point-là que devrait porter en priorité le débat des prochaines échéances électorales nationales.
Récemment, différentes annonces ne manquent pas d'inquiéter car elles procèdent toutes d'une logique identique : encadrer toujours plus strictement nos libertés, non pas seulement publiques, mais surtout privées. On avait déjà eu un avant-goût de cette tendance quand on a voulu pénaliser, au sens propre du terme, les déclarations et conversations faites dans le milieu familial et privé, car ne correspondant pas à ce qui est convenable et correct de dire et de penser. La fin du "pretty good privacy".
Les propositions récentes ciblent particulièrement deux domaines qui, ce n'est pas un hasard, sont les symboles de l'autonomie et de la liberté individuelles : l'automobile et la propriété immobilière. On a voulu considérer que le permis de conduire n'était pas définitif mais resterait soumis à une visite médicale tous les 5 ans, en particulier pour les plus de 65 ans, en instrumentalisant l'émotion suscitée par quelques faits divers, légitime certes, mais se rapportant à des faits non significatifs (les personnes âgées ont le taux d'accidentologie le plus faible).
On a vu le débat sur les ZFE, empêchant certains véhicules considérés comme polluants d'accéder à des centres-villes de métropoles, bien qu'ils aient l'autorisation de circuler sur le reste du territoire et aient satisfait au contrôle technique périodique. Alors quoi de plus ?
L'immobilier et la propriété privée, autres lieux de résistance au pouvoir de l’État, sont aussi une cible : une récente étude de l'INSEE (commandée par qui ? on veut des noms) considère qu'un quart des ménages vivent dans des logements trop grands pour eux, bien qu'ils aient là aussi satisfait aux obligations, assez restrictives, du permis de construire...
On a vu aussi un soit-disant Comité de Suivi des Retraites (encore un à supprimer !) préconiser le gel de celles-ci, dont acte, mais en invoquant un argument spécieux et inquiétant : les retraités épargnent beaucoup, donc ils n'ont pas besoin de plus d'argent. Imagine-t-on un employeur dire à un salarié : "l'augmentation qui vous était promise est suspendue car j'ai constaté que vous épargnez beaucoup trop à mon sens !" ? L'épargne est une décision personnelle qui peut avoir différentes motivations (investissement, placements, aide familiale...) qui ne regarde que nous et ne concerne ni les employeurs, encore moins les autorités publiques.
On a vu la ministre de la lutte contre les discriminations (mais les discriminations publiques à l'égard des contribuables, des propriétaires et des épargnants ne l'intéresse pas) donner mission officielle à une kyrielle d'associations auto-proclamées de scruter et dénoncer les "propos haineux" tenus en ligne, privatisant ainsi auprès de militants engagés un véritable pouvoir de délation et de police !
Une autre société
Par petites touches, en vertu des grands principes, on nous change notre État ! Nous devons mettre le holà à cette immixtion répétée dans notre vie privée, à partir du moment où nous respectons les quelques règles générales qui encadrent la vie en société. Car répétons-le : nous n'avons pas forcément à être UTILES à la société, il y a les services publics pour cela et il faudrait commencer par les faire fonctionner ! Arrêtons de nous culpabiliser. On ne peut pas invoquer des considérations politiques, avec tout ce qu'elles comportent d'erreur de jugement, d'approximations scientifiques, de partialité et de versatilité, pour réduire toujours plus notre liberté d'acheter, d'épargner, d'écrire et de se déplacer.
Les prochaines échéances électorales devraient porter sur le type de société dans laquelle nous voulons vivre : une société, où on encadre toujours plus notre façon de vivre, ou une société où nous sommes libres de vivre en toute intimité sans être tenus de rendre un compte permanent de toutes nos actions.